Italie : enterrement mafieux à Rome
C’est que le personnage ainsi conduit à sa dernière demeure n’était pas n’importe qui. Vittorio Casamonica, mort peu auparavant d’un cancer, n’était autre qu’un des quatre « rois de Rome », autrement dit un des quatre chefs mafieux qui contrôlent la capitale en matière de trafic de drogue, usure, prostitution, racket, contrôle des jeux, recyclage d’argent sale et autres activités criminelles. « Tu as conquis Rome, maintenant tu gagneras le paradis », proclamait une banderole.
Devant le scandale soulevé par l’étalage de ces funérailles mafieuses, les diverses autorités ont feint la surprise. Le gouvernement, la mairie de Rome, ou même les autorités policières, qui ont pourtant mobilisé leurs troupes, déclarent qu’ils ne savaient pas et s’indignent qu’une telle cérémonie ait pu avoir lieu. Le Vatican en fait autant, mais la presse fait observer que la même église San Giovanni Bosco, qui a été ouverte aux funérailles du chef mafieux, avait été refusée il y a quelques années à un homme qui, paralysé et bloqué sans espoir sur son lit, avait fait campagne pour son droit à mourir. Le motif était qu’ayant défendu l’euthanasie il avait défendu des valeurs « contraires à la doctrine de l’Église ». De là à conclure que le chef mafieux, lui, ne posait pas de problème moral aux autorités ecclésiastiques…
Avec ces funérailles d’un parrain, la mafia qui contrôle la capitale a évidemment saisi l’occasion de faire une démonstration politique. Les enquêtes en cours sur ses activités ne l’ont nullement atteinte et elle a pu enterrer son boss avec les honneurs, non seulement sans opposition des autorités, mais avec la collaboration de certaines. Les collusions, les complicités, les liens d’intérêts sont trop nombreux entre la mafia, les milieux d’affaires, l’Église et l’État pour que celui-ci ait pu même faire semblant de s’y opposer. La mafia, c’est une partie des classes dirigeantes, et non des moindres. Elle tient même à le rappeler démonstrativement.
