Boulogne-sur-Mer : le tribunal contre les réfugiés
Plusieurs centaines de manifestants avaient ce jour-là quitté le cortège principal de la manifestation de soutien aux réfugiés pour se diriger vers le port. Ils étaient montés sur un bateau de la compagnie P&O pour exprimer leur volonté d’émigrer en Grande-Bretagne.
L’audience de trois heures a été houleuse. Le procureur a accusé les réfugiés d’avoir participé à un coup monté pour envahir un ferry et contraindre la compagnie P&O à les faire passer en Angleterre. Il a accusé les bénévoles d’avoir incité les migrants à monter sur le bateau et de les avoir empêchés d’en redescendre. Il leur a reproché aussi leur sympathie pour les idées du mouvement No Border. Ce mouvement demande l’abolition des frontières et des nations, et a contribué concrètement, depuis des années, à soutenir des réfugiés de Calais.
Les allégations du procureur ont suscité l’indignation de la salle, menacée plusieurs fois d’évacuation. La défense a fait valoir le fait que ces réfugiés fuyaient leur pays en guerre pour rejoindre leurs proches en Angleterre, et a demandé la relaxe. La société d’exploitation du port et la P&O réclamaient des sommes importantes pour les prétendues pertes financières subies. L’avocate a ironisé en faisant remarquer que la compagnie s’était moins souciée de son image de marque lors des licenciements passés.
Par ailleurs, elle a fait remarquer que c’était mépriser les migrants que de croire qu’ils suivaient puérilement les injonctions de militants. Quant aux bénévoles, elle a affirmé que défendre des idées n’était pas un délit.
Contradictions dans les procès-verbaux, manque de preuves, le dossier de l’accusation était vide. Mais les réfugiés ont été condamnés à un mois de prison ferme, quasiment accompli en détention provisoire, et les deux bénévoles français à une amende. C’est sous les slogans « De l’air, ouvrez les frontières » que le fourgon de police est sorti du tribunal pour les ramener en prison.
