Mondadori – Montrouge : la blague ne passe pas
Vendredi 6 octobre, après un mail avertissant les salariés qu’une entreprise de dératisation interviendrait le week-end, la DRH s’est crue drôle en répondant : « Je vous envoie dès ce soir la Ligue de défense des rongeurs et saisis le CHSR (Comité d’hygiène et de sécurité des rongeurs.) » Sauf que la facétieuse DRH n’a pas appuyé sur le bon bouton. Résultat : tous les salariés ont pu apprécier l’humour de la direction.
Il faut savoir qu’un audit a été demandé par le CHSCT suite à trois jours de grève au printemps dernier, pour exprimer le mécontentement : pas de remplacement des départs, surcharge de travail pour ceux qui restent, emplois d’autoentrepreneurs sur certains postes, politique du rendement, avec jusqu’à sept articles par jour à rédiger pour le web.
Brimades, insultes de managers, c’en était trop ! À tel point que Le Canard enchaîné s’en est fait l’écho. Les salariés ont donc débrayé jeudi 12 octobre. Et c’est à plus de 200 sur 800 qu’ils sont montés à l’étage de la direction, en colère, pour demander des excuses. La DRH étant absente, c’est le directeur lui-même qui a dû répondre. Fort mal à l’aise, il a justifié l’absence d’excuses par le fait que « seulement quatre jours s’étaient écoulés ». Il s’est entendu répondre : « Si, nous, on mettait quatre jours à rendre un article, on serait licencié », mais n’a pas trouvé mieux que d’applaudir crânement.
Pour le directeur : « C’est la crise, il faut se donner tous les moyens de l’affronter et c’est normal que certains craquent ». En clair : à la guerre, il y a des pertes dans les rangs des salariés.
Mais ceux qui ont par deux fois déjà manifesté leur colère ont compris qu’il n’y a que le rapport de force qui peut sauver leur peau. Alors, rira bien qui rira le dernier ?
