Italie : une catastrophe et un avertissement



Inauguré triomphalement en 1967 car il désengorgeait Gênes, le pont était connu pour ses défauts de structure. Il y a deux ans encore, un expert en ingénierie du béton armé avait averti qu’il faudrait démolir ce viaduc et le remplacer. La société privée qui en a la gestion, Autostrade per l’Italia, a pour actionnaire principal le trust Benetton. Elle avait fini par lancer récemment un appel d’offres en vue de travaux de réfection, mais le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne s’était pas pressée et cela n’a pas empêché ses responsables, peu après l’accident, de déclarer avoir fait tous les entretiens et contrôles de sécurité nécessaires et, en somme, n’avoir rien à se reprocher.

L’empire Benetton, un des principaux groupes financiers de la péninsule, ne gère pas les autoroutes pour le plaisir mais bien évidemment pour en tirer des profits. Entretenir sérieusement le pont ou le changer impliquait d’interrompre la circulation et donc la pompe à finances. Ne pas dire cela et accuser les économies imposées par l’Union européenne comme le fait le ministre de l’intérieur Salvini, c’est, aujourd’hui, protéger les intérêts du groupe financier et dédouaner ses homologues italiens.

Les pouvoirs publics, les décideurs à tous les échelons de la municipalité à l’État central, et sur plusieurs dizaines d’années, étaient les destinataires des différents avertissements. Ils sont chargés, comme dans tous les pays, du contrôle des installations publiques, de la sécurité de la population. Et, comme dans tous les pays, de l’Allemagne à la France en passant par les États-Unis, ils ont consacré l’argent public à faire des cadeaux aux capitalistes plutôt qu’à l’intérêt général.

L’effondrement du pont de Gênes illustre l’état du monde capitaliste : le parasitisme monstrueux de quelques groupes financiers aidés par l’État se nourrit d’une dégradation sociale allant jusqu’à la catastrophe.

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